Des vrais ... et des Faux: les fausses monnaies coloniales
faux "pour servir", copies modernes, et monnaies maquillées
Faux "pour servir"
1piastre 1924
poids: 23,25 g.
Les copies récentes

Là aussi on en trouve de plusieurs sortes. Il y a d'abord des monnaies moulées et fourrées recouvertes d'une mince couche d'argent. Ce sont celles que l'on trouve sur les marchés d'Asie ... puis sur Ebay! Deux millésimes sont souvent utilisés: 1896 et 1897. Impossible de se tromper avec la monnaie en main. Généralement le revers est particulièrement mal imité l'empreinte du centre de la monnaie étant très floue alors que la légende est plus nette. Sur internet, se méfier de ces dates et se méfier des monnaies ayant des reflets jaunes ou, arnaque courante, des monnaies photographiées de loin avec une mise au point un peu floue ... Apprécier l'authenticité d'une monnaie à distance n'est déjà pas facile, Il faut toujours se garder d'enchérir sur une monnaie qui n'est pas clairement lisible sur la photo.
piastre fourrée sans argenture millésime 1897 - 18 g.
À côté des monnaies fourrées, on trouve également des monnaies de mauvais billon. Ce sont celles qui sont destinées à la refonte en joaillerie. Elles sont également proposées aux collectionneurs depuis quelque temps par le biais des touristes de retour de vacances. Elles pullulent et l'on peut dire que la plupart des piastres et divisionnaires qui ne sortent pas d'une collection sont des copies.
Cette fois difficile de se tromper. La frappe est frustre et ne rappelle que de loin les monnaies authentiques comme l’illustre la 10 cents 1910 reproduite ici. La pauvre République est d'une maigreur inquiétante! On trouve ces piastres à des dates fantaisistes comme une 10 cents 1906 alors que les 10 cents n’ont pas été frappées en 1906.
Outre leur aspect facilement reconnaissable, ces monnaies ont pour la plupart un poids inférieur de plusieurs dixièmes de grammes au poids théorique. Il m'est toutefois arrivé de trouver des 10 centimes 1925 dont le poids est bon mais dont je doute toujours de l’authenticité (voir les monnaies d'Indochine).

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détail du défaut dans le moulage du flan
de la piastre 1924 ci-dessus
Faux pour servir ou frappes privées? Les taels à la petite tête de cerf

Dernière difficulté pour le collectionneur, et elle est de taille, les frappes « privées » ou semi-officielles. Il s’agit de productions qui n’ont pas été initiées par l’autorité investie du pouvoir légal de battre monnaie mais qui avaient pourtant une valeur circulante. Elles permettaient de libérer le débiteur aussi bien, et parfois mieux, que la monnaie légale. Pour le collectionneur c’est le domaine des monnaies de nécessité, des monnaies de cartes et, plus récemment, des « taels d’opium ».

Nous consacrerons bientôt une note plus longue aux taels d’opium. Il suffit de savoir que dans ses colonies, la France a fait la promotion du commerce des drogues, alcool, tabac, cannabis et opium, pour en tirer des recettes fiscales (Pour une présentation succinte de cette question voir l'article que j'ai consacré aux politiques publiques de la drogue). En Indochine, Paul Doumer crée en 1898 une Régie Indochinoise de l’Opium. La drogue est importée d’Indes puis de Chine, mais pour diversifier les sources d’approvisionnement Paul Doumer favorise la production d’opium local dans ce que l'on appellera ensuite le "Triangle d'Or". La drogue ainsi produite est payée en barres d’argents, puis en piastres. Ce paiement a toujours causé des soucis et, durant la seconde guerre mondiale, les Douanes qui administrent la Régie Indochinoise de l'opium ont frappé un tael d'argent pour répondre à la demande des tribus H'mongs qui cultivaient le pavot.

Il existe trois types de taels. Le plus courant est le tael au caractère "Phu". Les deux autres ont à l'avers une tête de cerf, petite tête ou grande tête selon les cas. Le prix de ces monnaies est relativement élevé et là encore des copies modernes existent en grand nombre. La plupart sont frappées avec le motif de la grande tête de cerf et leur diamètre et leur poids, très inférieurs à ceux des vrais taels, les trahissent facilement. Mais le principal problème réside dans l'existence de taels à petite tête de cerf manifestement authentiques mais de poids variable.

Je possède deux exemplaires de ces taels dont le poids est de seulement 34 g. pour l’un et 36 g. pour l’autre alors que le poids théorique est de 37,4 gr. CGB a proposé deux autres exemplaires à la vente, l’un en 2002 l’autre en 2007 lors de la
vente Pierre. Leur poids est beaucoup plus lourd avec respectivement 38,07 g. et 38,26 g.

Une comparaison des coins montre une similitude des coins de revers pour la plupart des taels à la petite tête de cerf. L'exemplaire vendu par CGB en 2002, celui vendu en 2007 dans la vente Pierre, et les deux exemplaires que je possède ont tous été frappés avec le même coin de revers. En revanche le taël présenté sur le site Art-Hanoi est d'un autre coin pour le revers. Pour le droit, le taël de la vente Pierre et celui présenté sur le site Art-Hanoï sont du même coin tandis que les deux taëls que je possède ont une tête plus large, l'anneau extérieur étant en revanche commun à toutes ces monnaies.

Tableau récapitulatif des comparaisons de coins

CGB 2002 CGB2007 Art-Hanoi coll perso ex. n°1 coll perso ex. n°2
CGB 2002 même revers/même droit même droit même revers même revers
CGB2007 même revers/même droit même droit même revers même revers
Art-Hanoi même droit même droit
coll perso ex. n°1 même revers même revers même revers/même droit
coll perso ex. n°2 même revers même revers même revers/même droit

Comment expliquer les différences de poids et la similitude des coins ? En examinant les exemplaires en ma possession j’ai constaté que les flans n'avaient pas la même épaisseur. Peut-être ces différences s'expliquent-elles par une production artisanale, peut-être s'expliquent-elles par une dégradation progressive de la qualité des monnaies frappées à mesure que la situation économique et politique de l'Indochine se déteriorait (les troupes japonaises prennent le contrôle de la colonie en mars 1945). Ainsi j’ai pu voir un taël au caractère Phu, les plus anciens, en argent pur (ce qui correspond au texte laotien inscrit sur les monnaies et qui se traduit par « pur argent »), alors que les taëls à la petite tête de cerf  de frappe postérieure sont manifestement en billon. En tout état de cause, la différence de poids ne semble pas remettre en cause l'authenticité de ces monnaies.

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Attention également aux splendides piastres de 1931 ; en Asie, j'en ai trouvé 3 fausses d'un poids tout à fait trompeur chez un marchand. Leur principale caractéristique était une erreur sur la légende frappée 2 fois en décalé alors que le motif était parfaitement clair. À la pesée il manquait 1 g. et le métal était plus mat que sur les monnaies d’origine. Découvrir ainsi alignés 3 fautés exceptionnels rend méfiant, mais si une de ces monnaies est proposée seule, combien de collectionneurs croiront avoir là une des plus grandes raretés de leur collection ? Ce fut le cas il y a quelque mois sur un site de vente aux enchères. Un de ces « faux fautés » a été proposé à la vente et les enchères ont atteint une somme rondelette.

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fausse 10 cents en billon au millésime de 1906
fausse 10 cents en billon au millésime de 1910

Certains faussaires ont donc tout simplement coupé d’un trait de scie la tranche des piastres rainurées pour permettre la diffusion de ces faux. Là encore, la fraude est facile à déceler par un collectionneur attentif à condition que ce dernier ait la possibilité d’examiner la tranche à la loupe. Sur Ebay ou sur tout autre site de vente en ligne il faut faire confiance au vendeur… ce qui est bien périlleux. Je me suis ainsi fait prendre par un vendeur à qui je concède le bénéfice de la bonne foi bien que… la monnaie en main la fraude était évidente.

En cliquant sur la photo ci-contre vous pourrez consulter un agrandissement des tranches de ces monnaies et comparer les tranches d’un essai de piastre 1946 et d’une 20 cents 1939 authentiques à la tranche maquillée d’une piastre 1947 commune.


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Faux pour Servir
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Frappes privées: les taels à la petite tête de cerf
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Les fausses piastres pour servir sont bien imitées et peuvent facilement abuser le collectionneur. Difficile de les identifier sur une simple photo vue sur Internet. Même en main, leur identification n’est pas toujours évidente. Lorsque ma belle-mère laotienne m'a montré les piastres dont elle avait hérité il y a bien longtemps, l'une d'elles, au millésime de 1924, était fausse. Le motif est parfaitement repris des piastres authentiques et le métal du flan contient de l'argent.

Deux détails permettent de distinguer ces faux pour servir : l'aspect de la monnaie et son poids.

Les fausses piastres ont un aspect mat et une texture souvent granuleuse parce que ces pièces étaient moulées dans un moule sablé. Le gros plan du drapé ci-dessous montre les défauts de moulage du flan. Souvent le motif est également plus "flou", moins tranché, toujours parce que la monnaie n'est pas frappée mais moulée.


Enfin, le poids trahit plus nettement encore ces faux pour servir: les monnaies sont beaucoup plus légères que les piastres authentiques. La fausse piastre de 1924 ci-dessus pèse 23 g. au lieu des 27 g. théoriques.

Plusieurs millésimes doivent attirer l'attention des collectionneurs parce qu’ils ont beaucoup été utilisés par les faussaires. Il s’agit en particulier des années 1907-1908 et 1924-1926. On verra infra qu’il y a également des copies récentes plus frustres aux millésimes antérieurs à 1900.
Les Faux pour servir

On appelle "faux pour servir" les contrefaçons destinées à être mises en circulation. Il s'agit donc de faux contemporains des monnaies imitées. Le phénomène remonte à l'antiquité et on connaît les imitations des grandes monnaies antiques (monnaies d'Alexandre ou deniers romains) ou des monnaies féodales (denier de Melgueil par exemple). Parfois, comme dans le cas de certaines monnaies gauloises, il s'agit de donner de la valeur à des frappes locales pour en faciliter la circulation. Souvent, il s'agit plus prosaïquement de copier à moindre coût les monnaies en circulation pour en retirer un bénéfice.

Logiquement les monnaies les plus copiées sont celles qui donnent le plus de pouvoir d'achat et, en Indochine, ce sont les piastres. On trouve cependant des faux d'époques pour des monnaies à faible valeur comme les 5 cents des années trente. Le site Art-Hanoï en présente plusieurs exemples.
Un phénomène limité

Il existe déjà de nombreuses pages consacrées aux faux ; nous nous limiterons donc ici aux monnaies coloniales. Et c’est sur une note d’optimisme que nous commencerons : le domaine des monnaies coloniales n'est pas le plus affecté par le développement des copies et autres "forgeries" modernes. Rien à voir avec les monnaies romaines ou même les monnaies françaises. Les collectionneurs sont encore peu nombreux et les cotes beaucoup plus sages que celles enregistrées dans d'autres secteurs, monnaies antiques ou monnaies modernes américaines par exemple. L'absence d'un "marché" porteur est encore le meilleur rempart contre les faussaires.

Pas de panique donc ! Inutile de se précipiter convulsivement sur les médaillers pour vérifier : a priori vos coloniales sont authentiques! Pour autant les faux existent et il n’y a rien de plus désagréable pour un collectionneur que de s’apercevoir que sa dernière acquisition est une mauvaise copie sans intérêt. Nous essayerons donc de donner ici quelques astuces pour  éviter les déconvenues.


Un secteur très touché : Les monnaies indochinoises en argent

Si "a priori " les monnaies coloniales sont authentiques, certains secteurs sont tout de même très touchés par les copies. C'est le cas des monnaies d'Indochine en argent, piastres et divisionnaires de 10, 20 et 50 centimes. Là c'est la méfiance qui doit l'emporter sur l'optimisme... Lors d'un récent voyage au Laos je n'ai trouvé que 3 piastres authentiques sur plusieurs milliers de monnaies proposées à la vente et seulement une 10 cents authentique.

Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. Il y a un marché pour les monnaies d'Indochine ce qui reste le meilleur moyen d'éveiller des vocations de faussaire. Il y a des collectionneurs et, surtout, il y a des touristes ! Quoi de plus original et amusant que de ramener en souvenir une de ces vieilles monnaies qui rappellent la présence française dans la région et que l'on trouve pour pas très cher sur les étals de presque tous les marchés ?

Or la quantité de piastres anciennes disponibles est relativement limitée, nonobstant des tirages parfois importants. En effet, ces monnaies ont été très largement refondues pour les besoins de l’orfèvrerie.  Ensuite elles sont thésaurisées dans les familles, un peu comme les 50 F Hercules en France, et sortent peu à la vente. Enfin l’argent sert encore de valeur refuge au même titre que l’or. Au poids de l’argent, une piastre vaut le double ou le triple en Asie de ce qu’elle vaut en Europe sur le marché étroit des collectionneurs.

Ces différents facteurs favorisent la production de faux en masse. Dès l’époque coloniale, les piastres ont été copiées et, dans la période contemporaine, les petites arnaques se sont multipliées. Des faussaires ont moulé à la va-vite de mauvaises copies pour les proposer aux touristes. Quant aux orfèvres, ils ont produit en masse de fausses piastres et de fausses divisionnaires en billon pour les proposer à la refonte et abaisser ainsi le titre des objets d’argent, bijoux ou objets de culte qu’ils vendaient. Il est en effet d’usage en Asie d’acheter le métal précieux brut sous forme de lingots ou de pièces de monnaies avant de faire fabriquer des bijoux ou des pièces d’orfèvrerie.

Aujourd’hui, le collectionneur trouve donc à la fois des faux "pour servir" et des copies modernes des monnaies d'Indochine. Pour les monnaies plus rares, il doit également être attentif à une autre fraude qui consiste à maquiller des monnaies authentiques afin de leur ajouter une plus-value. Quand nous aurons présenté ces différentes fraudes il restera à dire un mot des frappes privées ayant cours libératoire qui doivent être distinguées de la fausse monnaie.
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Les monnaies maquillées

C’est une fraude de spécialiste qui consiste à modifier une monnaie authentique courante afin de lui donner une plus-value en la faisant passer pour une monnaie rare. Là ce sont clairement les collectionneurs qui sont visés puisque la fraude porte sur la valeur de collection de la monnaie et non sur sa valeur d’échange. Bien évidemment pour que cette fraude soit possible il faut à la fois qu’existe pour un même type une monnaie courante facile à trouver et une monnaie rare. Ces conditions sont réunies pour les piastres où l’on trouve deux fraudes fréquentes, les fausses piastres au millésime de 1890 et les fausses piastres à tranche sécurisées au millésime de 1947.

Le millésime 1890 est le plus rare. Dans l’édition 2007 de son ouvrage, Jean Lecompte propose une cote de 1.000 euros en TB. Il est tentant pour les faussaires, soit de fabriquer de toute pièce une fausse 1890, et nous avons là une copie classique facile à identifier, soit, plus subtilement, de prendre une piastres authentique de 1896 ou 1898 et de modifier le dernier chiffre en l’arrasant et en sculptant après un « 0 ».

Vous trouverez un exemple de cette fraude sur le site Art-Hanoï déjà cité avec, à côté, une très belle piastre 1890 authentique. La fraude est ici assez grossière puisque la piastre qui a servi de base est postérieure à 1895 et le poids indiqué au revers - 27 g. - ne correspond pas au poids des piastres de 1890 qui était de 27,215 g.

Les piastres de 1947 à tranche sécurisées sont également victimes de ces maquillages. À plusieurs reprises, les autorités ont tenté de mettre en circulation des monnaies à tranche « sécurisée », preuve s’il en était besoin, que les faux pour servir étaient déjà une préoccupation. Il s’agissait de rendre plus difficile la production de faux en gravant la tranche d’un motif complexe. Les stries de la tranche sont coupées par une rainure horizontale elle même gravée en creux d’un motif alterné de croix et de points. Ces tranches sécurisées ont concerné la 20 centimes 1939 et les piastres de 1946 et 1947. Pour le millésime 1947 les monnaies à tranche sécurisées sont relativement rares. Jean Lecompte propose une cote de 110 euros en SUP. Les piastres 1947 à tranche simplement striées produites à plus de 57 millions d’exemplaires ne valent tout simplement rien, 2 ou 3 euros et encore.